Pour en savoir plus sur le mouvement coopératif ...
PETITE
HISTOIRE DES COOPERATIVES
…
Charles Fourier.
L’aménagement du fermage collectif dans
la Babylonie, les confréries d’assistance et de sépulture de l’antiquité romaine
auraient eu d’un certain point de vue quelque parenté avec les institutions
coopératives. On peut aussi évoquer
les équipes de compagnons du bâtiment qui parcouraient l’Europe au temps des
cathédrales, les « artels » de pêcheurs, de chasseurs et d’artisans de
l’ancienne Russie…
Plus près de nous :
C’est dans le milieu rural
qu’apparaissent en France les premières activités coopératives. Les célèbres
fruitières du Jura sont de véritables coopératives de collecte et de
transformation de produits laitiers. On connaît moins l’histoire d’une
communauté pour la production et la vente des fourches de bois de micocoulier,
créée en 1661 à Sauve ( actuel
département du Gard ) et qui prospéra jusqu’à la loi Le Chapelier ( 14/06/1791,
loi interdisant "les coalitions ouvrières" ). Cette institution recueillait et
commercialisait la production de ses membres, elle jouait aussi surtout le rôle
d’une véritable assurance dont les membres se garantissaient mutuellement leur
récolte. Des paysans qui n’avaient pour la plupart jamais quitté leur village
avaient élaboré cette institution.
Dans l’ancienne France,
l’exemple de Sauve n’est pas unique, mais le mot même de coopération, et le
mouvement coopératif naissent en fait au XIXème siècle en même temps que le
machinisme.
En 1834, quatre ouvriers parisiens fondent la première coopérative de production, l’Association chrétienne des bijoutiers en doré, dont sont issues toutes les coopératives de production industrielle.
* Il y a eu une expérience très
intéressante de coopérative de consommation, de 1835 à 1838 à Lyon, avant le
mouvement de Rochdale en Angleterre.
Voir le livre (60p., 4€) de Denis Bayon: "Le commerce véridique et
social de Michel-Marie Derion", aux éditions Atelier de création
libertaire.
( * Merci à Olivier de de Ingalañ, association bretonne de promotion d'un
commerce équitable local et international (www.ingalan.org)
pour l'info !)
En 1844, à Rochdale,
faubourg de Manchester, 28 ouvriers tisserands créent la « Société
des équitables pionniers de Rochdale », la première coopérative de
consommation, mère du mouvement coopératif de consommation mondial.
En 1864, à Heddensdorf, en
Rhénanie, le bourgmestre Raiffeisen crée, pour libérer les paysans de l’usure,
la première coopérative de crédit mutuel.
En 1882, à Hjelling, des
paysans danois, contraints de renoncer à la culture des céréales à cause de la
concurrence des blés américains, fondent une coopérative laitière, dont
découlent en grande partie les coopératives agricoles modernes.
Ces quatre créations ont des
parentés certaines : elles se présentent comme la réaction collective de
catégories sociales défavorisées. Cette réaction s’organise en prenant comme
support une entreprise commune dont tous les participants ont des droits
égaux.
Mais un autre point commun
essentiel est que ces quatre coopératives archétypales prévoient un budget pour
l’instruction de leurs membres : ils ont déjà compris le rôle essentiel de
la connaissance dans la vie économique.
Lorsqu’en 1967, l’Alliance
Coopérative Internationale procèdera à une mise à jour des principes
coopératifs, les commissions d’études chargées de ce travail concluront que
c’est dans un retour vers ses sources populaires spontanées plus que dans un
économisme néo-capitaliste que le mouvement coopératif doit chercher son
adaptation au XXème siècle finissant.
Les théoriciens :
Si l’initiative populaire
est à l’origine de la coopération, il y a toujours eu collaboration entre le
vécu très dur de ceux qui trimaient et les pensées de ceux qui avaient accès à
l’instruction et qui eurent le cœur de se pencher sur la condition ouvrière. Les
travailleurs qui se rassemblaient dans les premières associations ouvrières
avaient connaissance des théories plus ou moins utopistes des penseurs liés à la
révolution industrielle.
Robert Owen en Angleterre,
Buchez, Leroux, Considérant en France furent accusés d’utopie par les partisans
du système en place.
Comme
école de pensée, la coopération est révolutionnaire puisque c’est
révolutionnaire que d’appeler les consommateurs, les producteurs, les usagers ou
les prestataires de services à s’unir sur une base égalitaire pour s’auto gérer
sans patron ou Etat interposés.
Comme instrument d’action au
contraire, la coopérative est réformiste car son intervention s’inscrit
nécessairement dans le cadre de la législation positive et du système économique
dominant.
Faite de rébellion
permanente contre les habitudes acquises et de soumission scrupuleuse aux données de l’expérience, la pensée
coopérative est gênante pour les idéologies dominatrices. D’où l’explication du
peu d’intérêt que suscita l’œuvre de Charles Fourier.
Visionnaire, Fourier
écrivait : « on devrait, pour
premier problème d’économie politique, s’intéresser à transformer tous les
salariés en propriétaires co-intéressés »
Un homme qui condamnait à la
fois « la fausse industrie morcelée
et répugnante » et le « commerce mensonger des intermédiaires
parasites » ne pouvait pas plus être compris à droite qu’à gauche quand
il dénonçait « le dogme pitoyable de
la communauté des biens » et disait « ce sont des monstruosités à faire hausser
les épaules que de prêcher au XIXème siècle l’abolition de la propriété et de
l’hérédité ».
Qui, romantique ou
classique, pouvait comprendre, en 1830, l’homme qui écrivait : « au lieu de réprimer les passions,
modelons sur elles l’organisme social ».
Pour Fourier, l’évidence de
la raison s’effrite si elle ne laisse la sensibilité s’épanouir. Pour faire
« s’écrouler un monde
inhumain », il s’agit donc de manier à bon escient et d’une manière
très rationnelle, la baguette enchantée de l’attraction passionnelle.
Sur cette attraction est
fondé le phalanstère dont l’effectif ( 1620 personnes ) correspond à
l’ensemble des caractères féminins et masculins. Dans cette collectivité où
chacun peut trouver une activité conforme à ses goûts, s’efface l’opposition
travail/loisir : tout est fête, et d’une manière d’autant plus assurée que
la « papillonne » est là pour corriger ce qu’une activité
exclusivement consacrée à la passion dominante pourrait avoir de monotone.
… En économie même, Fourier
se garde de gaspiller ses atouts en prenant à contrepied les mobiles qui peuvent
stimuler une activité utile à la communauté. Ainsi la répartition des profits de
son association en 3 parts égales et proportionnelles au travail (5/12èmes), au
capital (4/12èmes), au talent ( 3/12èmes), n’est-elle pas une concession aux
habitudes mais une adroite tentative pour faire jouer toutes les passions, même
l’avarice, dans le sens de l’intérêt commun.
Toute sa vie Fourier avait
attendu en vain ponctuellement, chaque jour, le commanditaire qui lui
permettrait de réaliser son projet. De son vivant, il ne reçut que mépris ou
indifférence. Après sa mort, son œuvre tomba dans l’oubli.
Pourtant, en 1900, Jean
Jaurès écrivait à propos de Fourier « lui seul avait eu la force de concevoir un
ordre nouveau ». Les surréalistes placèrent Fourier au nombre de leurs
précurseurs. André Breton décrit Fourier « debout parmi les grands
visionnaires ».
En fait, la coopération
ouvrière de production emprunte beaucoup à Fourier et lui doit sa devise
« Travail-capital-talent ».
C’est un tribun, Louis
Blanc, ( « L’organisation du travail », 1840 ), qui situe les
positions respectives de l’Etat et de « l’Atelier
social ». Il écrit : « Ce qui manque aux prolétaires pour
s’affranchir, ce sont les instruments de travail : la fonction du
Gouvernement est de les leur fournir. Si nous avions à définir l’Etat dans notre
conception, nous dirons : l’Etat est le banquier des
pauvres. »
Un cordonnier, Efrahem, dans
sa brochure « De l’association des ouvriers de tous les corps
d’état » ( 1833), construit la théorie des rapports du syndicalisme
ouvrier et du mouvement coopératif.
De ces idées, Anthime
Corbon, un typographe, animateur du journal « L’Atelier », fait
la synthèse de l’homme d’action et du penseur : « l’association, c’est exactement dans l’ordre
économique, la révolution opérée dans l’ordre politique, c’est la substitution
au sein de l’atelier, de l’état démocratique à l’état despotique ». (
L’Atelier, 28 décembre 1849 ).
Ces
hommes ont une pensée commune. Ils voient les capitaux se grouper en sociétés
pour dominer le monde. Ils invitent les travailleurs à s’associer en utilisant
la même technique juridique et à créer leurs propres entreprises. Pour essayer
d’orienter le cours de l’histoire dans le sens de leurs intérêts.
Par contre, il est peu prisé
des économistes modernes, peut-être à cause de son souci à vouloir simplifier
les faits pour aider l’homme à les dominer ?
Les législateurs :
En France, l’attitude du
législateur vis-à-vis de la coopération a été très changeante. La loi a tour à tour réprimé, constaté,
encouragé ou limité le fait coopératif, et cela sans beaucoup de suite ni de
cohérence.
C’est vers 1840 que le
lyonnais Michel Derrion est condamné pénalement pour avoir fondé le
« Commerce Véridique et Social », mais c’est en 1848 que Louis Blanc
impose au Gouvernement Provisoire toute une série de mesures favorables aux
« associations ouvrières ». La réaction ne se fait pas attendre et les
associations commencent, en juin 1848 à être inquiétées puis franchement
dispersées après le coup d’Etat du 2 décembre. Quelques unes survivent, au prix
de dures concessions jusqu’à l’Empire. Napoléon III revenant alors aux rêves de
sa jeunesse, demande à ses juristes de rédiger une loi pour les associations
ouvrières, mais se heurte à leur résistance. Un compromis est trouvé avec la loi
de 1867 sur les sociétés qui comporte un chapitre dit « des Sociétés à
Personnel et Capital Variables » : tant bien que mal, elle fournira
pendant un siècle l’armature juridique
de la plupart des coopératives. Le mouvement coopératif et mutualiste
progresse timidement pendant quelques années.
Le 16 Avril 1871, la Commune
de Paris promulgue un décret organisant la reprise par les travailleurs groupés
en coopératives des entreprises abandonnées par leurs propriétaires.
La République naissante
organise contre les coopérateurs une répression mieux conduite et plus soutenue
que celle du Second Empire. Quelques groupement coopératifs parviennent à
subsister quasi clandestinement. Mais quand la République devient républicaine,
cela donne la loi sur les syndicats de 1884. En 1901, Waldeck Rousseau fait voter la
loi sur les associations. A partir de cette date, la IIIème République
considère le mouvement coopératif avec des alternances de sympathie ou
d’indifférence, suivant les groupes qui se succèdent au pouvoir, mais ne lui est
plus systématiquement hostile.
Entre 1901 et
1939 s’élaborent successivement les statuts particuliers de diverses formes
de coopération dont certains sont encore en vigueur. En 1947, Paul Ramadier
fait voter une loi portant Statut Général de la Coopération mais par la suite les Pouvoirs Publics,
plus sensibles que par le passé à la pression politique des organisations de
commerçants et d’entrepreneurs, prennent leurs distances vis-à-vis du mouvement
coopératif. Trois exceptions
cependant :
1) Le
statut de la Coopération agricole, édicté par une ordonnance de 1967 a soulevé
une vigoureuse contestation parmi les intéressés. La loi ( n°72516 du 27 Juin 1972 ), fruit
d’une collaboration rare entre deux assemblées, le Gouvernement, les groupes
parlementaires et les organisations professionnelles, paraît répondre pour
l’essentiel aux espérances des coopératives agricoles….
2)
L’ordonnance de 1967 sur
l’intéressement des travailleurs à la marche et aux résultats des entreprises,
prévoit dans son article 9, un décret spécial d’application aux coopératives
ouvrières. Le décret subséquent du 1er Février 1969 répond, pour
l’essentiel, aux besoins des coopératives ouvrières de production.
3)
Enfin, en 1970, est adoptée une nouvelle loi sur la Coopération
d’habitation qui, quelles qu’aient été les intentions de ses rédacteurs, recèle
pour l’habitat coopératif des menaces incontestables.
Dans les années 70, on
attendait toujours la refonte de la loi portant Statut Général de la
Coopération…
a)
Libre
adhésion : nul n’est tenu pour quelque
raison que ce soit d’entrer dans une coopérative ; chacun est libre d’en
sortir. C’est le principe de la porte ouverte.
b)
Contrôle
démocratique : l’Assemblée Générale de
tous les coopérateurs votant sur la base de « un homme, une voix »,
quel que soit le capital détenu dans la coopérative, élit et révoque les
dirigeants, sanctionne la gestion, et prend en dernier resort les décisions les
plus importantes.
c)
Distribution des excédents
au prorata des opérations : si la finalité sociale de
la coopération est très complexe, sa finalité économique est simple. Il s’agit
d’assurer aux adhérents à un prix aussi voisin que possible du prix coûtant, le
service rendu par la coopérative : qu’elle produise, distribue ou
écoule. Cependant, il faut
s’assurer une marge de sécurité contre les aléas de l’entreprise et un
autofinancement proportionnel aux investissements futurs.
d)
Intérêt limité du capital : le
capital investi dans la coopérative ne doit pas être mieux
rémunéré que l’activité des
coopérateurs. Le capital ne doit jamais être
prépondérant : la coopérative se sert du capital,
mais elle n'est pas à son service.
e)
L'indisponibilité des réserves : dans une coopérative, la masse
des réserves et des plus-values forme un patrimoine collectif que les membres de
la coopérative ne peuvent se répartir en aucun cas. On n'emporte pas avec soi,
en se retirant, un morceau de la coopérative. L'instrument de travail créé par
une génération doit être remis intact à la génération suivante.
Toute coopérative doit
rspecter ces 5 règles ou cesser d'être coopérative !
Tout coopérateur doit les
défendre ou renoncer à la coopération. La nature d'une coopérative est d'être à
la fois une association et une entreprise.
La coopérative est une
association, car elle rassemble des hommes, travailleurs, consommateurs, ou usagers, qui ont décidé de s'unir sur
une base égalitaire pour atteindre ensemble des objectifs moraux et sociaux,
aussi bien qu'économiques.
Une coopérative qui
fonctionne bien est toujours sur le fil du rasoir !
Les coopératives exercent
leur action dans toutes les branches de l'activité humaine (article 1 de la loi
du 10 septembre 1947 portant
"Statut Général de la Coopération"). Il y a des coopératives formées par
des membres de professions libérales ( géomètres, experts comptables…), des
coopératives de transporteurs routiers, des Groupements Agricoles d'Exploitation
en Commun (GAEC), des coopératives scolaires etc. La coopérative doit être une
stucture d'accueil toujours ouverte à des activités nouvelles.
On distingue :
les coopératives
d'utilisateurs :
-les coopératives de
consommateurs : elles constituent avec
les coopératives ouvrières de production, la plus ancienne branche du Mouvement
Coopératif. Au cours des dernières
années, les supermarchés et leur mode de distribution ont fait passer au second
plan l'action sur les prix qui était traditionnellement l'apport principal de la
Coopération de Consommation Mais de ce fait même se trouvent multipliés les
aspects sociaux, éducatifs et militants de la Coopération de Consommation.
Voilà une forme de
coopération qui pourrait par exemple donner aux gens l'occasion de s'impliquer,
en agissant directement sur la nature des produits, de prendre le contrôle d'un vaste
secteur de la distribution, au lieu d'aller dans les hypermarchés où ils n'ont
rien d'autre à faire qu'acheter bêtement…
- Les coopératives de
logement : elles sont le fait de
familles qui se groupent pour
construire en commun leurs logements. Suivent qu'elles utilisent les crédits
HLM, ou le financement du Crédit Foncier, elles obéïssent à des règlementations
différentes. Mais leur vocation sociale reste toujours de faciliter l'accession
des familles de revenus modestes à la propriété de leur logement. Leur activité,
outre la construction, se prolonge par la gestion des immeubles construits.
Dommage qu'il n'y en ait pas davantage !
- Les Organisations
Coopératives de Loisirs : un peu le prolongement
moderne des coopératives de consommation (nées en 1937, après les congés payés),
ce sont des groupements de familles qui s'unissent pour développer au meilleur
coût leurs activités de vacances, de loisirs et de culture.
- Les coopératives de
travailleurs :
- les Coopératives Ouvrières de
Production
( on dit aussi "SCOP" ) : elles rassemblent des travailleurs pour "l'exercice en
commun de leur profession". Il y a des SCOP en tous genres, créées par des
techniciens, ou des professions indépendantes : bureaux d'études coopératifs,
coopératives d'informaticiens, d'urbanistes, d'ébénistes, de comédiens etc
etc.
- Les Coopératives de professions libérales
:
Conclusion :
Ce n'est qu'un bref résumé.
Ce qu'il faut retenir, c'est, comme on l'a déjà dit, que le concept de
coopérative est encore et toujours révolutionnaire car même aujourd'hui c'est
être révolutionnaire que d'appeler les consommateurs, les producteurs, les
usagers ou les prestataires de services à s'unir sur une base égalitaire pour
gérer leurs propres affaires sans patron ou Etat interposé. D'ailleurs ce
dernier ne semble pas faire grand chose -et pour cause - pour promouvoir la
Coopération, mais elle existe et elle est reconnue, grâce aux nombreuses
personnes qui se sont battues pour cela.
Même s'il rêve "qu'un jour
on rasera gratis", aucun coopérateur n'a le droit de le promettre. Sa tâche à
lui, c'est de faire en sorte qu'aujourd'hui même on rase un peu mieux et un peu
moins cher, tout en s'arrangeant
pour que le barbier vive un peu moins mal…
La réussite d'une
coopérative est bien plus difficile que celle d'une entreprise capitaliste car
elle doit non seulement, comme cette dernière, être une réussite économique, mais aussi
et surtout une réussite humaine. Elle requiert chez les hommes et les femmes qui
la composent, et encore plus chez ceux
ou celles qui la dirigent, un haut niveau d'honnêteté et d'idéalisme, un
grand sens de la solidarité et de la responsabilité. C'est en général
l'engagement d'une vie. La solution coopérative est le contraire d'une solution
de facilité.
D'après un exposé présenté
par Antoine Antoni, secrétaire
général de la Confédération Générale des SCOP, le 8 mai 1972 au Centre d'Etudes
littéraires et scientifiques Appliquées : " La Coopération : tradition
populaire, réalité économique, devenir de l'entreprise "